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Résidence principale ou investissement locatif : quel achat financer en premier ?

Éléonore Valladon-Leroux 7 min de lecture
Acheter immobilier avec les appart investissement : dossier pour résidence principale ou locatif

Acheter sa résidence principale et un appartement d’investissement est possible, en même temps ou à quelques années d’intervalle. Le bon ordre dépend de votre mobilité, de votre apport, de votre capacité d’emprunt et du marché locatif ciblé. L’objectif est de construire un projet finançable sans déséquilibrer votre budget ni confondre avantage fiscal et rentabilité réelle.

Trois façons d’acheter un bien immobilier avec un projet locatif

Un même objectif patrimonial peut conduire à des stratégies différentes. Acheter pour habiter sécurise votre logement, tandis qu’acheter pour louer vise la création de revenus locatifs et la constitution d’un patrimoine. Les deux projets peuvent se combiner si les mensualités, les charges et les aléas restent supportables.

Acheter immobilier avec les appart investissement : infographie des trois stratégies entre résidence principale et investissement locatif
Acheter immobilier avec les appart investissement : infographie des trois stratégies entre résidence principale et investissement locatif
Stratégie Atout principal Point de vigilance
Résidence principale d’abord Stabilité du logement et suppression du loyer personnel Le premier crédit réduit la marge pour investir ensuite
Investissement locatif d’abord Possibilité de viser une ville plus rentable tout en restant mobile Vous conservez votre loyer et assumez le risque locatif
Deux achats proches ou simultanés Construction accélérée du patrimoine Montage bancaire, apport et trésorerie plus exigeants

Acheter sa résidence principale avant d’investir

Cette option convient souvent aux ménages installés dans une ville, avec un projet familial clair et une visibilité professionnelle suffisante. La résidence principale apporte un confort d’usage : vous choisissez l’emplacement, les travaux et la durée d’occupation. La mensualité du crédit entre toutefois entièrement dans le calcul bancaire. Si elle absorbe une part importante des revenus, elle peut retarder l’achat locatif.

Rester locataire et acheter un appartement à louer

Rester locataire peut être cohérent lorsque votre zone de vie est chère, que votre mobilité est élevée ou que le bien adapté à votre budget se situe dans une autre ville. Vous séparez alors le lieu où vous vivez de celui où vous investissez. Cette liberté a un coût : le loyer personnel, la mensualité du prêt locatif et les périodes sans locataire doivent pouvoir être assumés ensemble. Le bien doit répondre à une demande locative durable, et pas seulement afficher un rendement séduisant dans une annonce.

Le financement : ce que la banque regarde réellement

Une banque ne finance pas deux projets parce que les loyers semblent couvrir une mensualité sur le papier. Elle étudie la stabilité des revenus, l’apport personnel, l’épargne disponible après la signature, le coût total des crédits et le reste à vivre. Le taux d’endettement maximal mentionné par le Haut Conseil de stabilité financière est de 35 %, même si chaque dossier conserve ses particularités.

Les loyers futurs ne sont pas retenus à 100 %

Pour un investissement locatif, les banques retiennent couramment environ 70 % des loyers estimés. Les 30 % restants servent à intégrer le risque de vacance locative, d’impayé et de charges. Avec un couple percevant 5 000 € par mois et un loyer prévisionnel de 700 €, les revenus retenus atteignent 5 490 € mensuels. À 35 %, la mensualité maximale théorique s’élève alors à 1 921 € par mois. Cette estimation doit être complétée par l’examen des crédits en cours et des dépenses récurrentes.

Un prêt unique ou deux crédits distincts ?

Deux prêts distincts rendent généralement chaque opération plus lisible. La durée, l’assurance emprunteur, la garantie et la revente éventuelle restent associés à un bien précis. Un financement global peut simplifier la présentation du dossier, mais il exige une lecture attentive des garanties et de la répartition des coûts. Dans les deux cas, prévoyez les frais de notaire, d’agence, de dossier bancaire, de garantie et d’assurance, ainsi qu’une réserve de trésorerie. Une simulation de prêt immobilier permet de confronter le budget théorique à votre situation avant toute offre.

Mesurer la rentabilité au-delà du loyer affiché

Le rendement brut sert à comparer rapidement plusieurs appartements, mais il ne suffit pas à mesurer l’intérêt réel de l’investissement. La formule est simple : loyers annuels hors charges ÷ prix total d’acquisition × 100. Le prix total doit intégrer le logement et les frais d’acquisition, et pas uniquement le montant négocié avec le vendeur.

Le rendement net va plus loin. Il déduit notamment la taxe foncière, les charges de copropriété non récupérables, l’assurance propriétaire non-occupant, la gestion, les travaux récurrents et le coût du financement selon la méthode retenue. Pour un T2 acheté 200 000 € et loué 700 € par mois, le rendement brut est de 4,2 %. Avec 600 € de taxe foncière, 800 € de charges non récupérables, 10 % de frais de gestion et 12 000 € de coût du crédit, le rendement net ressort à 2,9 %.

Le cash-flow révèle la solidité mensuelle

Le cash-flow correspond à ce qu’il reste chaque mois après l’encaissement du loyer et le paiement de la mensualité, des charges et des provisions. Un cash-flow légèrement négatif peut être acceptable dans une logique patrimoniale si votre budget le supporte. Il ne doit toutefois pas être subi. Pour un objectif de complément de revenus, un rendement net de 5,5 % à 8 % peut être recherché. Pour une stratégie davantage patrimoniale, une cible de 3,5 % à 5 % est souvent envisagée.

Un immeuble fonctionne comme un assemblage : le raccord entre le crédit, le bail, la copropriété et la fiscalité peut fragiliser le projet. Prévoyez une réserve dédiée, distincte de l’apport. Elle peut absorber un remplacement de chaudière, un appel de fonds, un mois de vacance ou un décalage entre deux locataires sans ponctionner le budget du foyer.

Fiscalité et choix de location : une décision après le marché

La fiscalité peut améliorer le résultat net, mais elle ne doit pas justifier l’achat d’un logement mal situé ou difficile à louer. Commencez par analyser les loyers réellement pratiqués, le profil des locataires, la qualité énergétique, les transports, les commerces et le potentiel de revente. Un avantage fiscal ne compense pas durablement une vacance locative.

Location nue ou meublée

En location nue, les revenus relèvent des revenus fonciers. Le micro-foncier est mentionné jusqu’à 15 000 € de revenus fonciers, tandis que le régime réel permet de déduire certaines charges et certains travaux. Le déficit foncier peut être imputable jusqu’à 10 700 € sur le revenu imposable, selon les conditions applicables.

En location meublée, le micro-BIC ou le régime réel peuvent s’appliquer. Le statut LMNP au réel permet notamment de tenir compte de l’amortissement. Le choix dépend donc de votre imposition, de votre organisation et du temps que vous pouvez consacrer à la gestion. La fiscalité doit accompagner une opération cohérente, et non la remplacer.

Dispositifs : vérifier les conditions avant de signer

Des dispositifs tels que Denormandie, Loc’Avantages ou Relance Logement comportent des engagements et des conditions spécifiques. Denormandie suppose notamment des travaux représentant au moins 25 % du coût total et un engagement initial de 6 ou 9 ans, renouvelable 3 ans. Loc’Avantages implique un engagement de 6 ans, tandis que Relance Logement est associé à un engagement de 9 ans. Vérifiez l’éligibilité du logement, les plafonds et les obligations avant d’intégrer un gain fiscal à votre prévisionnel.

Sécuriser votre décision avant le compromis

Avant d’acheter, testez votre projet avec des hypothèses prudentes : loyer légèrement inférieur à l’estimation, un mois de vacance, travaux imprévus et hausse des charges de copropriété. Consultez aussi les procès-verbaux d’assemblée générale, le montant du fonds travaux, les règles de location, le diagnostic de performance énergétique et l’état du quartier à différents moments de la journée.

  • Conservez une épargne de sécurité après le paiement de l’apport et des frais.
  • Comparez le prix au mètre carré, les loyers observés et le délai de relocation dans le secteur.
  • Anticipez l’assurance PNO, la garantie loyers impayés et la gestion quotidienne.
  • Évaluez la revente : un appartement trop atypique ou situé dans une copropriété dégradée peut devenir difficile à céder.
  • Faites relire votre plan de financement et votre régime fiscal par un conseiller bancaire, patrimonial ou comptable compétent.

Acheter une résidence principale avant un investissement locatif reste pertinent si votre priorité est la stabilité de votre logement. Investir d’abord tout en restant locataire peut mieux convenir à une personne mobile ou à la recherche d’un marché plus rentable. Dans les deux cas, la meilleure opération est celle dont la mensualité, la fiscalité et les aléas locatifs restent compatibles avec votre vie réelle.

Éléonore Valladon-Leroux
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